• Quel lycée pour l’Algérie ?

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    QUEL LYCEE POUR L’ALGERIE ?

     

    Par Boualem Amoura (*)

     

    L’acquisition de savoirs solides est l’exigence première de l’enseignement au lycée. Le lycée est d’abord un lieu où l’on acquiert une culture générale, technologique ou professionnelle.

    Il doit aussi permettre l’apprentissage d’une citoyenneté fondée sur les valeurs républicaines. L’égalité des chances doit entrer dans les faits, grâce à des programmes bien construits et à l’aide diversifiée apportée aux élèves.

    Ceux qui ont le plus de difficultés ou qui sont issus de milieux défavorisés doivent être particulièrement aidés et soutenus mais les élèves qui réussissent mieux doivent pouvoir aussi épanouir leurs talents.

    C’est cela aussi la justice sociale.

    LA MISSION DU LYCEE :

    La mission du lycée est de permettre à tous les élèves, dans leur diversité, quels que soient leur origine sociale et leur domaine de réussite d’acquérir les savoirs fondamentaux et d’accéder aux capacités de jugement ainsi que l’acquisition d’un ensemble de savoirs sans lesquels les élèves, devenus adultes, se trouveraient dans l’incapacité d’assumer pleinement leur rôle de citoyens responsables, éclairés, critiques et vigilants. C’est là tout le problème de l’école Algérienne.

    L’acquisition des connaissances qui sont la base de toute formation intellectuelle doit permettre, dans toutes les disciplines, de développer le sens de l’effort, l’attitude de probité intellectuelle de recherche honnête de la vérité, de respect de l’opinion d’autrui.

    Tous les enseignements doivent favoriser l’indépendance intellectuelle, solliciter l’imagination, développer l’intérêt et la curiosité des élèves, obtenir leur participation active en encourageant les productions individuelles et collectives sous toutes leurs formes. Ce n’est pas le cas actuellement, le lycée doit être un lieu d’apprentissage à des droits mais aussi des devoirs de tout citoyen. La violence sous toutes ses formes, qu’elle soit physique ou verbale, doit être bannie au même titre que toutes les formes de discrimination.

    Les enseignants doivent être respectés, la violence à laquelle ils sont parfois confrontés ne sera jamais admise.

     

    LA REFORME DU LYCEE :

       La réforme du lycée porte en elle-même une dynamique de changement. Les mesures prises devront être évaluées, infléchies chaque fois que nécessaire pour aller plus loin encore dans le sens de la réussite de tous les élèves.                                   

    Sans bouleverser l’architecture du lycée, ce dernier doit être un cadre permettant de faire émerger de nouvelles pratiques pédagogiques, de mettre en place le travail en équipe et d’encourager les initiatives personnelles et collectives.

    Au lycée, nous devons détecter tous les talents, les encourager et les valoriser. Il est nécessaire que les lycées de l’enseignement général comme ceux des autres voies (professionnelle et technologique) maîtrisent des exercices fondamentaux de la vie pratique et professionnelle : la rédaction d’une lettre ou d’un rapport, la lecture d’un tableau de chiffres, l’utilisation d’un traitement de textes, ou la maîtrise d’un bref exposé en langue nationale ou dans une langue étrangère. Est-il concevable qu’un universitaire ne sache pas rédiger une demande manuscrite ?

    L’ORGANISATION  DU TRAVAIL DES ELEVES:

    Les heures de cours sont limitées à 32 ou 34 heures en moyenne, sans que les enseignants en soient responsables, les programmes surchargés induisent une mauvaise assimilation des connaissances. Tous les élèves pâtissent tôt ou tard de cette situation. Les élèves en difficulté sont immédiatement entraînés dans une spirale de l’échec tandis que les bons élèves ne peuvent approfondir les savoirs. De leur côté, les enseignants sont soumis à la pression du programme officiel qu’il faut terminer coûte que coûte, ce qui les contraint à renoncer aux pratiques pédagogiques innovantes qu’ils souhaiteraient mettre en place. Il faut peu à peu substituer un enseignement intensif exigeant et de qualité, ce qui suppose un accompagnement pédagogique renforcé pour entraîner le plus grand nombre d’élèves. Des aides individualisées seront mises en place dans tous les lycées pour les élèves en difficulté. Ces aides individualisées sont organisées en très petits groupes de six à huit élèves au maximum. Dans le cadre du projet d’établissement à partir d’une réflexion pédagogique, l’ensemble émanant notamment des professeurs formateurs et des conseils d’enseignement, un travail approfondi est mené par l’ensemble de la communauté éducative sur l’organisation de l’aide aux élèves. Le principe de cette aide est un élément nouveau qui devra être réexaminé attentivement et régulièrement aussi bien en ce qui concerne son volume horaire que les disciplines choisies. Les corps d’inspection sont chargés d’une mission de suivi et d’évaluation thématique des modalités d’application des programmes mais surtout de la façon dont les élèves s’approprient en profondeur les notions et les connaissances qui y figurent. Les nouvelles technologies de l’information et de la communication peuvent permettre une amélioration de la qualité de l’enseignement, tous les élèves doivent y avoir accès. Cela est aujourd’hui possible, malgré certaines insuffisances dans les lycées grâce à l’effort d’équipement informatique consenti par l’état.

     

    LA FORMATION DES ENSEIGNANT :

     

    Cette évolution du métier implique une redéfinition progressive de l’organisation du service des enseignants en intégrant le travail en classe entière, le travail en petits groupes et le suivi des élèves. Cette nouvelle organisation se fera sans aucune augmentation des obligations de service.

    Le plan de formation des enseignants fera partie des projets d’établissement et d’un programme national auquel des moyens importants doivent être consacrés.

    LE BACCALAUREAT :

     

    Il constitue l’examen final du lycée. Il est aussi l’examen d’entrée à l’université dont il constitue le premier diplôme. Diplôme national garantissant l’égalité citoyenne, il doit comporter des épreuves anonymes identiques pour tous et sans erreur. Une erreur au sujet d’un examen au baccalauréat n’honore point le lycée Algérien. L’examen du baccalauréat doit bénéficier de toutes les commodités et modalités possibles aussi parfaites soient-elles.

     

    L’ENSEIGNEMENT TECHNIQUE :

    A l’orée du XXIe siècle, l’enseignement technique doit s’adapter sans renier ses principes fondateurs. La logique pédagogique de l’enseignement technique résulte d’un équilibre entre la formation générale, la formation professionnelle et l’environnement économique.

    L’identité du lycée technique ne peut désormais se concevoir qu’en partenariat avec les professions autour de spécialités identifiées, en prenant largement en compte la réalité de l’environnement économique de l’établissement et la demande sociale des familles. Ce qui est décevant, c’est que les défenseurs de l’enseignement technique eux-mêmes refusent d’orienter leur progéniture ou leurs proches dans ces filières. Comment obliger des élèves à suivre des filières techniques et faire fuir de ces dernières ses propres enfants ? Doit-on créer des filières (déficitaires) rien que pour les beaux yeux de certains enseignants des matières techniques qui refusent de rejoindre les lycées polyvalents pour enseigner justement leur spécialité ? Les professeurs de lycées techniques doivent être formés aux spécificités de l’enseignement technique

    Enseignement proprement dit, aide aux élèves, pilotage de projets. Pour leur permettre de mettre en œuvre non seulement les activités de leur champ disciplinaire mais également les pratiques professionnelles qui seront exigées de leurs élèves, un ensemble de stages professionnels en entreprise leur sera proposé. De tels stages devront être renouvelés au début de leur carrière, puis périodiquement, on pourra organiser des stages à l’occasion des vacances d’été. Est-il concevable de faire un stage de trois (03) années rien que sur une machine à commandes numériques ?

     

    LE SPORT ET L’EDUCATION PHYSIQUE :

    C’est un élément essentiel et important dans l’éducation d’un adolescent, tant pour son équilibre que pour sa santé. L’entraînement, le sens de l’effort, le respect de la règle, l’esprit d’équipe, sont des éléments essentiels de sa formation. C’est pourquoi les équipements correspondants doivent faire l’objet d’une attention particulière et leur mise à la disposition de chaque lycée et essentielle voire obligatoire.

     

    VIE LYCEENNE :

     

    Il s’agit de mettre en place dans tous les établissements une pratique citoyenne, fondée sur les droits mais aussi sur les devoirs des lycéens. Les représentants des classes jouent un rôle fondamental. Ils doivent être constitués en conseils des délégués et se réunir à tout moment (en dehors des heures de classe) avec l’accord du chef de l’établissement. Le conseil des élèves aura pour mission essentielle d’introduire une dynamique de dialogue nouvelle dans les établissements et donc susciter un regain d’attractivité pour les fonctions électives et la participation des lycéens à la vie de leur lycée. Aussi, l’une des missions essentielles est la participation dans le suivi du projet d’établissement et le suivi de l’aide aux élèves dont on a parlé précédemment. Afin de donner l’occasion d’un dialogue entre professeurs et élèves, nous devons mettre en place des heures de vie de classe pouvant avoir lieu tous les mardis après-midi ou à défaut tous les quinze jours, sous la responsabilité du professeur principal, aidé de ses collègues, du conseiller principal de l’éducation et du conseiller d’orientation.

     

     LES EFFECTIFS :

    La réduction du nombre d’élèves par classe est un objectif fondamental de la réforme. Les projets d’établissement devront prendre en compte en priorité cet objectif. Il s’agit d’mener à 25 élèves l’effectif des classes de seconde et de réduire à 35 maximums le nombre d’élèves en terminale.

     

    LA CARTE SCOLAIRE :

    La carte scolaire des établissements doit présenter de façon transparente les voies, les filières, les séries et les spécialités. Tout doit être fait pour limiter au maximum les effets négatifs de la concurrence entre établissement et de la présentation médiatique d’indicateurs de réussite ne prenant pas en compte les données sociologiques ou pédagogiques.

    CONCLUSION :

    Toute démocratie repose sur un équilibre entre droits et devoirs. Cet équilibre trouve une traduction spécifique dans les établissements d’enseignement, dont la mission première est avant tout éducative. Une attention particulière doit être donnée à la formation continue des chefs d’établissements, des enseignants et autres catégories de personnel représenté dans le lycée. L’état doit encore faire un effort dans cette direction en s’assénant les objectifs suivants :

    -          Construire ou aménager des lieux de vie pour les lycéens, notamment des cafés

               lycéens.

    -          Construire ou aménager des salles de grandes capacités pour donner à la vie culturelle

               et sociale des lycéens, les moyens de se développer et de s’épanouir.

    -          Permettre un meilleur accès aux salles d’informations, à des laboratoires de langues et

               aux bibliothèques.

    -          Construire ou aménager des lieux pour les enseignants afin qu’ils puissent travailler

               dans de meilleurs conditions et recevoir des élèves ou leurs parents, améliorer les

               institutions sportives des établissements.

    -          Encourager la création des internats dans les lycées.

     

    B.A

    (*) Secrétaire Général du  SATEF